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Ester Manas : « On se doit de représenter le futur »

 Ester Manas et Balthazar Delepierre

Photo : Ester Manas et Balthazar Delepierre

Diplômée de l'école de La Cambre à Bruxelles, où elle vit avec son associé Balthazar Delepierre et a installé son atelier, la créatrice française Ester Manas a été finaliste du Festival de Hyères en 2018. Son credo ? Des créations inclusives dont la particularité est de s'adapter à tous les corps. Interview.

Printemps.com : Qu'est-ce qui vous a poussée à lancer votre marque, axée sur le concept de « One Size Fits All » (une taille unique, mais adaptable) ?

Ester Manas : Notre succès critique suite au prix que nous avons remporté au Festival de Hyères, quand j'y ai présenté ma collection de fin d'études sur des mannequins plus rondes que d'ordinaire. En feuilletant un catalogue Ikea, j'avais un jour vu une table à rallonge et je m'étais dit : « Pourquoi on n'a pas pensé à un système similaire dans la mode ? ». Mais on ne voulait surtout pas créer une énième marque spécialisée en grandes tailles. Notre but n'était pas de surenchérir, mais d'arrêter de trier les gens selon leur taille.

Ester Manas

Cela fait aussi écho à votre expérience personnelle...

Oui. Au départ, c'est une histoire hyper égoïste [rires] ! Je voulais juste des vêtements qui m'aillent. Puis j'ai voulu donner accès à des pièces de créateur à ces femmes ignorées par le luxe, sans pour autant virer celles qui font un 38 ou un 34. Tout le monde a sa place, c'est ce qu'on défend. Le passage en cabine d'essayage ne doit plus être un supplice. La presse nous a étiquetés comme étant une marque « plus-size » à cause du nom de ma collection de diplôme, « Big Again », alors dès que je vois des petites tailles s'approprier nos vêtements je suis ravie, car ça veut dire qu'on a réussi à décoller cette étiquette.

Ester Manas

Chaque pièce est conçue pour s'adapter à toutes les morphologies. Techniquement, comment êtes-vous parvenue à réaliser ce tour de force ?

Mathématiquement, entre un 34 et un 50, il y a 40 centimètres. Donc si on ajoute quatre rallonges de tissus de 10 centimètres chacune autour du buste par exemple, ça fonctionne. On utilise évidemment beaucoup de matières élastiques, des fronces, qui prennent en charge ces excédents de matière. C'est comme un ballon qu'on gonfle. On évite les manipulations compliquées. Boutonnières, cordons de ceinturage : on utilise des choses qui existent déjà, on joue avec, on les déplace sur le corps pour qu'elles nous servent. Au début, on pensait comme des designers industriels : problème, résolution, produit. Maintenant, on sait quel système fonctionne, on peut donc se permettre une plus grande liberté créative. Les contraintes sont si fortes qu'il en sort des choses neuves.

Vous semblez très sensible à la question de la durabilité. Quels moyens avez-vous mis en place pour cela ?

On travaille beaucoup à partir de deadstocks. Nos collections sont produites à vingt minutes de chez nous, dans un atelier de réinsertion socio-professionnelle. On fait notre toile, on prend notre vélo ou le tram et on va voir directement ce qu'en pensent les équipes. C'est du circuit ultra-court. Pendant le confinement, on a eu la preuve que c'était un avantage. Mais au-delà de ce souci de durabilité, c'est aussi plus pratique parce que nos patronages peuvent paraître très étranges. Il aurait été difficile d'expliquer aux équipes comment réaliser les prototypes sans être à proximité. Au début, on nous disait : « Mais pourquoi avez-vous mis des boutons à cet endroit ? », ou « Il y a trop de tissu, êtes-vous sûrs de ne pas vouloir en enlever ? ».

« Au début, on pensait comme des designers industriels : problème, résolution, produit. Maintenant, on sait quel système fonctionne, on peut donc se permettre une plus grande liberté créative. Les contraintes sont si fortes qu'il en sort des choses neuves.»

Ester Manas

Le concept de taille unique a d'ailleurs lui-même une portée éco-responsable.

Oui, tout d'abord car on ne crée qu'un seul prototype. Ensuite, les acheteurs ne risquent pas de se retrouver avec certaines tailles invendues. Enfin, quand une femme ou même un homme va acheter nos produits, elle ou il pourra par la suite les conserver toute sa vie, même si son corps change. C'est par ailleurs un vêtement qu'on peut transmettre, car il trouvera toujours chaussure à son pied.

La mode pour femmes rondes cherche souvent à amincir, à cacher. Vous, vous n'hésitez pas à souligner les hanches par des basques, à travailler l'oversized. Est-ce pour affirmer métaphoriquement l'idée qu'il ne faut pas avoir honte d'occuper l'espace ?

Complètement. On utilise aussi beaucoup la couleur. Dans la fast fashion — parce que c'est là qu'il y a malheureusement le plus de propositions pour les rondes — c'est noir, marron, kaki ou gris. Remettre de la couleur, c'est dire « J'existe ! ».

Avez-vous l'intention de créer des vêtements pour homme un jour ?

Oui, mais pour ça il faudrait qu'on ait un designer qui ait de l'expérience dans ce domaine et plus de témoignages. Pour la femme on avait le mien, et celui de pas mal de copines qui avaient le même problème. C'est bête, mais on est personnellement pas tellement entourés de mecs gros en revanche. Mais beaucoup de nos pièces peuvent déjà être considérées comme unisexes. Ça vient sans doute du fait qu'on les essaye tous les deux [avec Balthazar Delepierre, NDLR] quand on crée.

 Ester Manas et Balthazar Delepierre
Ester Manas

Début 2020, vous avez été sélectionné·e·s pour la finale du Prix LVMH. Que vous a appris cette expérience ?

On s'est vraiment rendu compte que notre propos était suffisamment puissant pour qu'on ait le droit de concourir aux côtés de marques très en avance sur nous. On était des maternelles face à des types qui passaient le bac. Ils sont arrivés à cinquante avec un camion, nous on est venus à deux en Thalys avec nos valises [rires] ! Mais c'était génial !

Pourquoi avoir baptisé votre collection printemps-été 2021 (la première que vous ayez présentée au calendrier officiel de la Fashion Week) « Superhuman » ?

On a eu cette idée lors de notre retour du Prix LVMH. C'était la Fashion Week et on regardait les nouvelles collections en se moquant un peu de tous ces thèmes de dépression absolue, très noirs. Désespéré, Balthazar m'a dit : « Il faudrait des superhéros pour sauver tous ces gens ! ». En tant que jeunes designers, on se doit de représenter le futur. Or beaucoup de jeunes designers aujourd'hui nous vendent un futur tout sauf désirable. Nous, on veut rester positifs. Évidemment qu'il y a des problèmes, mais on est là pour vendre un produit qui fait du bien. Je connais peu de personnes qui vont faire du shopping pour se faire souffrir [rires] ! Cette idée, c'était plutôt une blague entre nous. L'humour fait partie intégrante de notre univers. Le sujet qu'on défend est déjà assez politique et grave, la blague et l'autodérision doivent nous accompagner.

 Ester Manas et Balthazar Delepierre
Ester Manas

Pensez-vous avoir ouvert une brèche ? Rétrospectivement, constatez-vous une évolution dans la formation des designers ?

Oui, parce que les étudiants sont de plus en plus leur propre mannequin selon moi. Il font donc avec le corps qu'ils ont. Je regarde beaucoup les défilés de fin d'études et j'ai récemment constaté une diversité pondérale assez dingue ! Essentiellement dans les écoles du nord de l'Europe, belges ou anglaises. De notre côté, on anime des workshops dans des écoles de mode. On sent que ça frétille, comme chez Mugler, ou avec Olivier Rousteing chez Balmain, qui a fait appel à la chanteuse Yseult. Mais il faut que ça aille encore plus loin.

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