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Casey Cadwallader, Directeur artistique de Mugler : « Je veux que la notion de beauté évolue »

Tee-shirt noir écriture verte, Casey.

Jean slim, Mugler.

Passé chez Marc Jacobs, Narciso Rodriguez, Loewe puis Acne Studios avant d'atterrir chez Mugler, Casey Cadwallader œuvre depuis fin 2017 à faire redécoller l'iconique maison parisienne fondée par le créateur du même nom, en 1974. Une entreprise ardue, mais déjà couronnée de multiples succès, fruits des collections novatrices de cet ancien étudiant en architecture aujourd'hui âgé de 40 ans. Sublimant la femme sous toutes ses formes et marqués par leur grande inclusivité, les défilés qui les présentaient ont été largement salués par la critique, tout en attirant de nombreux·ses guests de renom - de Cardi B à Isabelle Adjani en passant par la drag-queen Violet Chachki. Entretien.

Printemps.com : Mugler est la première marque à vous avoir confié ses rênes en vous nommant Directeur artistique, il y a presque trois ans. Éprouviez-vous alors une certaine inquiétude à l'égard de cette montée en grade et de la pression qu'elle implique, ou bien cette situation était-elle galvanisante ?
Casey Cadwallader : Les deux [Rires, NDLR]. Au départ, j'ai trouvé ça super excitant de ne pas avoir de boss, puis j'ai réalisé que mes missions s'accompagnent de nombreuses responsabilités. Mais j'ai rapidement pris la décision de me faire confiance. J'ai appris avec ce job à me demander tout simplement : « Est-ce quej'aime ça ? Est-ce que c'est vraiment tel que je le veux ? » Si la réponse est positive, alors je suis sur la bonne voie. La seule erreur que je puisse faire, c'est de ne pas m'écouter.

Vous avez collaboré à plusieurs reprises avec l'artiste Samara Scott sur des créations de robes. Y a-t-il d'autres artistes avec lesquel·le·s vous aimeriez créer des pièces ?
Oui, il y en a beaucoup. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles on ne présente que deux collections par an désormais - et non plus quatre. Quand je suis arrivé, j'ai voulu faire tellement de choses qu'on s'est retrouvés sous l'eau, au point que j'avais arrêté les collaborations artistiques, alors que j'en faisais au début. Je me suis finalement dit : « Mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? C'est ce qu'il y ade plus important pour moi, il faut absolument que je continue. » À l'avenir, on va à nouveau prendre le temps de faire les choses comme on le souhaite.

Tandis que je m'installais dans votre bureau, vous m'expliquiez que vous étiez porteur du coronavirus lors des premiers jours du confinement. Une fois remis de cette maladie, qui vous a épuisé dans un premier temps, cette période de quarantaine vous a-t-elle semblé bénéfique d'un point de vue créatif ?
Cela a changé ma vie en un sens. Nous venions de concevoir la collection printemps 2021 lorsque le confinement a commencé, et j'ai alors eu un peu de temps supplémentaire à y consacrer. J'ai donc commencé à retravailler dessus, elle est devenue immense, puis je n'ai gardé que mes pièces favorites. D'habitude, on conçoit une ligne en deux à quatre semaines ; cette fois-ci, j'en ai eu huit. Je me suis dit que je fonctionnerai toujours comme ça dorénavant. J'ai passé beaucoup plus de temps à dessiner et à faire mes recherches que d'ordinaire, et j'ai réalisé que c'est ce qu'il y a de plus important pour moi. J'ai vraiment pu prendre le temps de me poser, alors que quand je suis au bureau, j'ai sans arrêt des réunions... J'ai donc décidé de travailler au moins deux jours par semaine depuis chez moi, afin de pouvoir réfléchir plus en profondeur.

L'un des fils rouges de la direction artistique que vous assurez chez Mugler tient dans sa grande inclusivité. Pourquoi cette notion est-elle si importante pour vous ?
Cette démarche a été en grande partie nourrie par ma mère et ma soeur. Elles sont toutes les deux petites avec une forte poitrine et à chaque fois qu'elles essayent une pièce, elles sont déçues du résultat. Je les ai écoutées en parler en grandissant, j'y ai réfléchi, puis je me suis demandé où je voyais de la beauté, et comment je souhaitais la représenter. Je veux que la notion de beauté évolue, qu'elle devienne plus large. J'ai envie de raconter de nouvelles histoires, au lieu de me contenter de faire des choses standards. J'aime plein de types de corps différents et je veux que les gens se sentent bien dans leur peau. Je m'intéresse donc énormément au développement des tissus et à la technologie qui leur est liée. Récemment, j'ai étudié comment certaines nouvelles matières permettent de mieux s'adapter au corps des gens. Si j'utilise un jersey transparent high-tech, cela peut par exemple me permettre de créer une robe drapée en taille 36 qu'une personne qui ferait du 40 pourrait également enfiler. Et que vous ayez une large ou une petite poitrine, elle s'adaptera toujours, alors que si je créais cette même robe en soie inextensible, elle pourrait certes être très belle, mais il faudrait avoir une taille correspondant strictement à celle de la pièce pour pouvoir la porter.

Vous n'hésitez d'ailleurs pas à flatter les courbes féminines à travers vos collections, alors que la mode cherche encore souvent à les cacher.
J'ai travaillé pour certaines marques qui engageaient parfois des mannequins sublimes, mais dont les poitrines étaient jugées trop grosses et elles faisaient alors en sorte de cacher leurs seins lors des défilés. Je fais exactement le contraire. Je veux vraiment laisser les courbes féminines apparaître, car toutes les femmes en ont de différentes et nombre d'entre elles ne se sentent pas à l'aise avec leurs formes, en raison d'un manque de représentation. En montrant différentes tailles, différentes proportions, cela permet aux gens de sentir que l'on conçoit les vêtements pour eux.

Votre mère et votre sœur portent-elles aujourd'hui les vêtements que vous créez pour Mugler ?
Oui [Rires, NDLR]. Elles n'aiment pas tellement être en robe de soirée, mais elles portent toutes les deux les jeans et quelques sweat-shirts.

Mugler a longtemps été une marque principalement arborée lors d'occasions spéciales, tandis que vos collections comprennent beaucoup de pièces pouvant être portées dans la vie de tous les jours. Pourquoi teniez-vous à cette évolution ?
J'essaye de trouver un équilibre. La maison Mugler est connue pour ses pièces couture et de soirée. En arrivant, j'ai plutôt eu envie de faire des jeans et des T-shirts d'une nouvelle façon, puis de créer des vêtements avec un côté sportif ou festif, ce qui fait écho à mes intérêts personnels (je fais du sport pour me sentir bien et j'aime la techno, aller dans des raves...). J'ai ensuite eu envie de me tourner également vers le tailoring. Mais je tenais vraiment à ce que la fourchette de prix soit large, au lieu d'être super exclusive, de sorte que si une personne tient vraiment à posséder une pièce Mugler, elle puisse avoir autant de chances que possible de parvenir à s'en procurer une.

Vous puisez régulièrement l'inspiration de vos collections dans d'autres domaines que la mode, tels que l'architecture, l'art, le mobilier d'intérieur... Avez-vous toujours des références précises en tête lorsque vous créez une nouvelle pièce ?
Pas nécessairement. Beaucoup de choses se combinent dans ma tête à des moments inattendus. Mais si je réfléchis à comment cela s'est produit, alors je peux retrouver ce qui m'a poussé à choisir une direction. La couleur d'une pièce peut m'être inspirée par une sculpture que j'ai vue à Londres, tandis que sa matière a été développée en Italie et que sa forme m'est venue à l'esprit en voyant une voiture. Je m'intéresse également beaucoup aux vieux vêtements assez tacky, comme des tenues de strip-teaseuses ou des maillots de bain des années 1980, parce qu'ils résonnent avec l'esthétique de Mugler. J'ai aussi la chance de pouvoir consulter les archives de la maison : je fais venir des pièces, je les essaye, puis je les renvoie et je dessine. L'idée, c'est d'en saisir l'esprit, d'essayer de fonctionner comme une sorte de filtre : je crée ensuite une nouvelle pièce en gardant les archives en mémoire, mais je ne les copie jamais.

Les castings de vos campagnes et défilés, qui rassemblent des personnalités tout aussi fortes que diverses, créent également un pont avec le passé de la maison Mugler en incluant des mannequins ayant collaboré avec elle dans les années 1990, comme Debra Shaw...
Je savais dès le départ que je devais entreprendre cette démarche. Elle témoigne tout autant de mon respect pour cette maison que de celui que j'éprouve à l'égard de ces modèles, qui transcendent la question de l'âge. Debra est venue, on a discuté puis on est tombés amoureux l'un de l'autre, avant de collaborer à plusieurs reprises. J'essaie de construire une famille qui rassemble des personnes avec qui je ressens une forte connexion - je ne les choisis par pour leur apparence, mais pour qui elles sont réellement. Je n'aime pas sélectionner un mannequin puis le jeter dehors, comme d'autres designers le font. J'aimerais d'ailleurs vraiment collaborer avec de nombreuses autres femmes qui ont défilé pour Mugler lors des premières décennies de la marque. Avoir une démarche très ouverte à l'égard de l'âge est essentiel pour moi. Au-delà des castings, c'est aussi mon approche concernant notre clientèle : je veux que la petite-fille, la fille et la grand-mère portent du Mugler. On tente de créer des pièces très chics, qui couvrent le corps, et d'autres plus trash, avec lesquelles on peut aller en boîte. L'idée est aussi de répondre à tous les types de besoins.

Beaucoup des pièces que vous dessinez sont genderless et vous avez par ailleurs confié lors de précédentes interviews que nombre de vos amis masculins aiment porter les vêtements que vous créez pour les collections femme de Mugler. Est-ce également votre cas ?
Oui, je porte les jeans et les vestes en denim, parfois les pantalons et certaines chemises. On produit beaucoup de vêtements qui collent au corps, mais je fais toujours attention à ce qu'on crée également d'autres types de pièces. Je m'inspire d'ailleurs beaucoup de l'univers masculin. Parfois, lors des essayages, le mannequin [qui est une femme, NDLR] enlève un vêtement et je l'essaye à mon tour, puis je dis quelque chose du genre : « L'épaule est trop petite », parce qu'il s'agit d'une pièce qui doit être genderless.

Quelle est votre vision pour le futur de Mugler ?
Pendant un certain temps, nous avions une distribution très limitée, il était un peu difficile de trouver des vêtements Mugler à acheter, donc le plus important, c'est de continuer à développer une plus grande présence. J'aimerais par ailleurs lancer de nouvelles catégories de produits, comme les chaussures, dessiner davantage de pièces pour les hommes et créer également un peu plus de pièces couture. Pas pour intégrer le calendrier officiel de la haute couture, mais pour réaliser des projets qui demandent ce niveau d'exigence, car nous sommes capables d'y répondre. Et c'est aussi dans l'ADN de la marque. J'ai envie de plus de fantaisie en ce moment.

Ce nouveau tropisme transparaissait d'ailleurs déjà dans votre dernier show.
Oui, je m'échauffe. La maison Mugler m'influence, tout comme les artistes musicaux avec lesquels on collabore. Ce qu'ils veulent, c'est du spectaculaire, donc je veux leur en apporter.

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