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Mode et discrétion : un retour à l'essentiel

À l'heure où la course aux likes fait rage sur Instagram et où tout est bon pour attirer l'attention, une flopée de marques et de designers continue de miser sur la discrétion, le minimalisme ou l'absence de logo par le biais d'une mode sobre mais luxueuse, principalement constituée de silhouettes monacales souvent monochromes.
Un moyen de remettre le vêtement et sa conception au centre de l'attention, de souligner la qualité des matières et de mettre en valeur la coupe et les savoir-faire. Mais aussi d'inspirer un retour au calme et à la stabilité face à l'inconstance et à la surenchère..

Pureté des lignes, netteté de la coupe, sobriété des couleurs... À son apogée dans les années 1990, la mode sobre semble, à en voir les collections de ces dernières saisons, entrer dans une nouvelle ère prospère. À l'heure où les marques font tout ce qui est en leur pouvoir pour attirer l'attention sur les réseaux sociaux, la discrétion demeure donc malgré tout une valeur sûre que défendent plusieurs labels et designers. Fidèles adeptes du minimalisme depuis la première heure - comme Jil Sander - ou plus récemment et ponctuellement convertis à l'épure - comme Victoria Beckhamou ou Emilia Wickstead -, ces dernier·ère·s semblent partager une même volonté : éviter l'ostentation pour mieux se (re)concentrer sur la coupe et le choix des matières qui constituent leurs pièces, de sorte à rappeler que le rôle premier du vêtement, s'il n'est pas tant d'attirer l'attention, est d'habiller. Une position qui interpelle à l'heure de la toute puissance du réseau social Instagram, sur lequel le vêtement clinquant est devenu un moyen comme un autre de drainer les likes, boosté par des mannequins stars ou des influenceur·se·s que les marques s'arrachent.

Less is more

Véritable architecte du vêtement maîtrisant avec précision l'art des coupes chirurgicales, Cristóbal Balenciaga a été l'un des premiers à miser sur la pureté des lignes, infusant ainsi, dès les années 1950, un certain minimalisme à ses créations, comme par exemple avec une robe de mariée monacale créée en 1967. Pourtant adepte des logos voyants jusqu'à les disposer en all-over sur ses créations ultra-instagramables, son successeur Demna Gvasalia rendait un hommage à cette vision purifiée lors de son défilé printemps-été 2020 pour la maison française, puis un second plus appuyé encore à travers son show hiver 2020-2021. Ayant lui-même fait de la discrétion son mantra sur les réseaux sociaux - son compte Instagram est suivi par près de 60 000 personnes mais ne recèle aucune publication -, le designer géorgien proposait des collections dominées par le noir et opérait une rupture nette avec ses précédents défilés, de par un retour à l'austérité et à la sévérité chères au couturier espagnol. Libérés de toute décoration inutile, ses vêtements l'obligeait ainsi à se concentrer sur les coupes aiguisées, et lui offrait davantage d'espace pour expérimenter le volume, notamment sur le tailoring, comme au niveau de la taille ou de la ligne d'épaules, tantôt élargie, tantôt rehaussée.

Radical, ce parti pris axé sur l'épure avait connu son apogée dans les années 1990, âge d'or du minimalisme né en réaction au trop plein d'exubérance ambiant. Incarnation suprême de cette veine minimaliste, les labels Helmut Lang et Jil Sander font aujourd'hui encore de la sobriété et de la discrétion la pierre angulaire de leur démarche. Dirigée depuis 2017 par le duo formé par Lucie et Luke Meier, la maison Jil Sander continue d'appliquer à la mode le célèbre adage « Less is more » de l'architecte Mies van der Rohe, qui enjoint à une extrême simplification et à la suppression de toute fioriture. Comme ce dernier, les deux designers prônent un retour à l'authenticité et à une certaine simplicité qui n'est pas pour autant synonyme de redite. Saison après saison, le duo, lui aussi très discret sur les réseaux sociaux, prouve au contraire avec brio qu'il est possible de réinventer à l'infini un répertoire pourtant limité. Exhalant un sentiment de confort, les vêtements qu'il imagine dans une gamme de tons neutres comme le blanc, le noir, le gris, le beige ou l'écru, dans des matières d'une grande qualité, semblent davantage pensés pour convenir à celui·celle destiné·e à les porter que pour éblouir celui·celle qui va les regarder. Ce qui n'interdit cependant pas les expérimentations. Présentée à Milan en septembre dernier, la collection femme été 2020 s'appuyait ainsi sur une esthétique dépouillée mais comportait des pièces jouant avec des matières originales comme le raphia, tandis que chez l'homme des franges en coton traînaient jusqu'au sol.

Une rébellion esthétique

Subtil et niché dans les détails plutôt que se faisant remarquer via un brouhaha de logos et de matières clinquantes, le luxe est alors réévalué et renoue avec les notions d'élégance et de raffinement. Mue par une volonté d'atteindre l'essentiel qui animait déjà le peintre Kasimir Malevitch à la fin du XIXᵉ siècle (qui secoua le monde de la peinture en effectuant un pas de côté vis-à-vis de la norme qu'était la figuration), cette démarche qui consiste à adopter la sobriété et conduit à une recherche accrue sur la forme, les textures ou le mouvement, constitue une véritable rébellion face à l'enivrante surenchère actuelle. Se positionnant à l'opposé d'une esthétique maximaliste que des marques telles que Balmain ou Moschino ont pleinement adoptée, la discrétion et la sobriété ponctuent avec une intensité variable selon les saisons les collections de labels comme Victoria Beckham, mais aussi Tibi, A.W.A.K.E. Mode ou encore Emilia Wickstead, où la sobriété cohabite même avec l'ornementation. S'adressant à une clientèle prêtant davantage d'importance à ce qui dure plutôt qu'à ce qui constitue la hype, la mode discrète a par ailleurs longtemps été incarnée par la maison Bottega Veneta, considérée comme l'un des emblèmes du luxe discret. Ne s'appuyant sur aucun logo, la maison vénitienne - qui a fait de son célèbre intrecciato (une technique artisanale de tressage de bandelettes de cuir) l'un des symboles d'une mode ultra-luxueuse mais silencieuse - demeure aujourd'hui l'un des bastions de la mode sobre.

Mais au-delà du vêtement et de sa forme en elle-même, s'il ne fallait citer qu'une seule personne ayant incarné cette volonté de discrétion dans la mode, ce serait sans conteste le designer Martin Margiela. Le couturier anversois a toujours refusé toute médiatisation et a fait de l'effacement de sa personne un véritable statement. Dès ses débuts, il a misé sur l'anonymat pour empêcher tout culte de sa personnalité et ainsi obliger l'industrie à braquer ses projecteurs non pas sur lui mais sur ses créations, qu'il n'était d'ailleurs pas rare de voir sur des mannequins dont le visage était également dissimulé. L'étiquette du label, aujourd'hui entre les mains de John Galliano, incarne l'essence de cette démarche extrême. Simplement tenue par quatre points de couture blancs pour être facilement décousue et permettre ainsi à ceux·celles qui le souhaitent de rendre au vêtement son anonymat, elle ne comporte aucun nom. En réponse à la tyrannie des logos, elle est soit entièrement blanche (pour la collection « Défilé »), soit estampillée d'une série de chiffres incarnant chacun une ligne de la maison, des accessoires aux vêtements en passant par les parfums ; le chiffre entouré correspondant à la catégorie en question.

Gauche : Découvrir le look. Droite : Sac seau Miu Miu.

Cette approche intellectuelle voire conceptuelle, née d'une réflexion parfois extrêmement poussée sur le vêtement, a fait que la mode misant sur la discrétion a souvent été taxée de ne s'adresser qu'à des initié·e·s, assez éclairé·e·s pour ne pas tenir compte de la danse incessante des tendances. Et paradoxalement, malgré son dépouillement et sa retenue face au luxe évident d'une pièce logotypée, la mode sobre passe encore souvent pour élitiste. Dénotant une forme de pudeur en refusant d'afficher clairement sa valeur, elle rappelle pourtant avant tout que le luxe n'est pas forcément synonyme d'ostentation. Et si dans les années 1990 le minimalisme naissait en réaction à une vague bling-bling et suite à un contexte de crise, du krach boursier de 1987 à la guerre du Golfe, ce retour à l'essentiel auquel nous faisons face aujourd'hui apparaît lui aussi comme le signe d'une prise de conscience. Car au fur et à mesure que les enjeux climatiques prennent de l'ampleur, la mode semble de plus en plus délaisser le clinquant, comme pour signifier au monde que la surconsommation et la réinvention incessante ne sont plus forcément de mise.

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