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Boramy Viguier, designer spirituel

Le designer Boramy Viguier pose

Le créateur franco-cambodgien est l'auteur de collections toujours très envoûtantes, empreintes de mysticisme, de symboles cachés et d'une aura chevaleresque. Rencontre avec un designer qui milite pour remystifier notre existence.

Printemps.com : Quel a été votre parcours avant de lancer la marque qui porte votre nom, en 2018 ?
Boramy Viguier : Il y a 10 ans, j'ai commencé à travailler dans la galerie d'art d'Emmanuel Perrotin. Je n'avais encore jamais bossé pour un entrepreneur comme Emmanuel, qui a créé, seul, son projet de toutes pièces. Je me rends compte à quel point cela a été formateur pour gérer aujourd'hui mon indépendance et ma liberté. C'est à ce moment-là que j'ai rencontré des gens qui travaillaient dans la mode, l'idée de rejoindre cette voie m'a plu et je me suis inscrit à la Central Saint Martins, à Londres. Cette expérience m'a moins convaincu. Je n'avais qu'une envie, c'était de m'en aller : je voulais travailler, gagner ma vie et faire de la mode mon métier. Lucas Ossendrijver, alors à la tête des collections homme de Lanvin, m'a embauché avant la fin de mon Bachelor et je l'ai assisté pendant cinq ans. Ce fut une très bonne école. Lucas est quelqu'un de très rigoureux, il m'a appris à reconnaître un bon tissu, à monter une pièce, à communiquer avec les usines. C'est rare, de nos jours, un designer aussi impliqué dans le processus de fabrication. L'idée de lancer ma marque est venue ensuite progressivement.

Pourquoi l'homme plutôt que la femme ?
Je ne me suis pas vraiment posé la question. Chez Lanvin, je faisais de l'homme, à l'école aussi, cette attraction semblait naturelle. Je pense aussi qu'il y a quelque chose de plus « challengeant » dans la mode masculine, c'est une discipline relativement récente, alors que la création féminine est centenaire. Je me dis qu'il y a encore pas mal de choses à explorer.

Votre dernière collection, pour la saison printemps-été 2021, a été entièrement conçue pendant le confinement. Quel a été son effet sur votre travail de création ?
Mon studio est au rez-de-chaussée de chez moi, j'ai pu travailler tous les jours. J'ai un assistant qui habite à côté, on se relayait au studio. On s'est retrouvés à faire avec ce qu'on avait, ce qui encourage à trouver d'autres techniques. Cette contrainte s'est révélée très stimulante, c'était inspirant, en dépit de la gravité de la situation extérieure. Dans la mode, on a passé des années à travailler à l'international, en achetant des tissus en Europe, des Zip en Chine, etc., et cela nous apparaissait comme une bonne solution. Les derniers évènements nous ont montré le contraire. Je me suis dit que j'avais de la chance de tout faire fabriquer en France.

Vous êtes attaché à la proximité avec vos fabricant·e·s. Le contexte sanitaire actuel redonne-t-il la prime au local selon vous ?
Dès la création de ma marque, j'ai opté pour une mode locale, en étant proche de mes façonniers, pour contrôler la fabrication des pièces. Cela me semble inenvisageable de ne pas voir mes fabricants de manière régulière. C'est dommage qu'on ait oublié ça, c'est pourtant la valeur ultime dans la création. Et puis, selon moi, une bonne création ne parle jamais au monde entier. Quand c'est universel et international, c'est synonyme de mauvaise qualité. On ne peut pas faire des choses bien quand on veut plaire à tout le monde.

« Même les scientifiques les plus brillants, Einstein ou Stephen Hawking, ne ferment pas totalement la porte à l'inexpliqué. Dans la vie, j'aime bien me dire qu'il y a des choses qui nous dominent, qu'on est soumis à des forces qui nous dépassent. »

De manière prophétique, la plupart de vos mannequins du défilé automne-hiver 2020/2021 avaient une partie du visage masquée. Avec quelques mois de recul et les événements que l'on connaît, comment interprétez-vous votre geste ?
Je ne l'ai pas fait exprès ! J'aime bien masquer les mannequins parce que ce que je veux mettre en avant, ce sont d'abord les vêtements que je crée, le style et les looks que j'imagine. C'est comme les gens qui essayent de faire du cinéma sans acteurs pour garder la pureté de la chose, c'est un peu dans cette optique-là que j'aime travailler. Quand je vois un show avec 15 top-modèles, des flammes et toute une installation autour, je me dis toujours que s'il y a besoin de tout ça, c'est mauvais signe.

Mysticisme, surréalisme, tarologie : tout ceci irrigue vos collections. Vous semblez par ailleurs trouver que notre société manque de spiritualité... Qu'a-t-elle à nous apporter ?
J'ai l'impression que d'une certaine manière, on vit dans une société très pragmatique où tout doit être quantifiable, expliqué, analysé. On réussit même à quantifier la reconnaissance et la qualité créative d'un projet. Deux mille followers, c'est mieux que 100, c'est forcément plus approuvé... Même la popularité est notée. Je ne pense pas qu'on puisse penser comme ça lorsqu'il s'agit de la création : elle doit rester quelque chose d'irrationnel, de mystérieux voire d'incompréhensible. J'ai l'impression que l'on conceptualise tout et qu'on s'intéresse plus au process qu'au résultat. C'est le cas, il me semble, des collaborations de mode, par exemple. On s'intéresse plus au sujet qu'à l'objet, je trouve ça dommage. Quand on regarde un Bacon, on ne réfléchit pas pour savoir s'il a voulu faire ça ou ça, on a juste à recevoir et ressentir. L'effet d'une œuvre doit être un effet LSD, l'art, ce n'est que ça.

Que traduit votre intérêt pour l'irrationnel ?
Dans les sociétés occidentales, il y a une sorte de déni des religions, on aime bien balayer la question. On vit dans une époque très cartésienne où il faut être scientifique et ne plus croire à la spiritualité, mais je ne pense pas que ça fasse tant de bien aux gens que ça. Je lis beaucoup de choses sur l'astrophysique, j'aime bien regarder des documentaires sur les trous noirs. Même les scientifiques les plus brillants, Einstein ou Stephen Hawking, ne ferment pas totalement la porte à l'inexpliqué. Dans la vie, j'aime bien me dire qu'il y a des choses qui nous dominent, qu'on est soumis à des forces qui nous dépassent. D'une manière générale, j'essaie d'observer le monde et je constate que ces sujets sont fondamentaux, notamment pour le problème écologique. Il y a des tribus en Amazonie ou des réserves indiennes aux États-Unis qui vivent encore dans le respect de la nature, dans une autre spiritualité, en harmonie avec le vivant.

Vous avez présenté votre collection printemps-été 2021 avec une vidéo très originale, on vous sent à l'aise dans cet exercice. Pourriez-vous vous passer des défilés ?
J'ai aimé le faire, mais de manière seulement ponctuelle. La situation était particulière, c'était mieux de faire ça plutôt que rien. Mais je pense que le grand challenge des designers et des artistes d'aujourd'hui est de soumettre un travail encore plus artisanal et sensoriel. J'espère qu'on va continuer à avoir des défilés, surtout à Paris, où la tradition est quasi centenaire.

Sur Instagram, on peut découvrir des morceaux de vos cahiers d'inspiration remplis de notes, d'images, de photos, de dessins. Mais c'est assez obscur, on a du mal à déchiffrer votre écriture !
Personne n'arrive à me déchiffrer ! J'ai pris l'habitude de noter les choses : depuis 10 ans je note tout, même mes rêves, j'ai des petits carnets avec moi. Je colle tout ce que je récupère, je ne jette rien. Je ne sais pas si ça m'aide dans mon travail de création, mais c'est très handicapant si je ne le fais pas. Même dans la vie en général, je remarque que j'en ai besoin.

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