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On ne s'est jamais autant dit « je t'aime »

Lui. Elle.

Des réseaux sociaux aux messageries instantanées en passant par les applications de rencontre, les symboles et mots témoignant une marque d'affection sont désormais omniprésents. Cette démocratisation et cette normalisation sont-elles le signe d'une perte de sens, ou une nouvelle manifestation explicite de notre besoin de liens sociaux et de chaleur humaine ? Pour en savoir davantage, Printemps.com a interrogé plusieurs chercheurs sur le boom et la normalisation des emojis cœurs et autres expressions digitales d'affection.

À l'heure des selfies et de l'instantanéité, quoi de plus facile que de manifester son appréciation, sa sympathie ou sa tendresse ? En un clic, sous les photos qui défilent, il nous est aujourd'hui possible grâce à la technologie de distribuer des flots de cœurs à notre amoureux·se, à nos ami·e·s, à notre famille, voire même de les adresser à nos marques préférées, à des connaissances lointaines ou encore à des célébrités que nous ne rencontrerons probablement jamais.

Inspiré de l'organe assurant la circulation sanguine du corps humain, le symbole millénaire de l'amour est très largement présent dans nos commentaires et nos conversations, standardisé sous la forme d'emojis faisant office de nouveaux hiéroglyphes. Le cœur tient même le haut du panier de ces pictogrammes visuels nés au Japon dans les années 1980, dont l'utilisation ne fait qu'augmenter. Comme le révèle Consortium Unicode (l'organisation en charge de la création des emojis), le cœur rouge (❤️) est ainsi le deuxième emoji le plus utilisé, juste derrière celui composé d'un smiley riant jusqu'à en avoir des larmes (😂), tandis que celui ayant des yeux en forme de cœur (😍) arrive en troisième position. Depuis 2013, selon le site de comptabilisation en temps réel Emojitracker, ce sont pas moins de 13 milliards d'emojis cœur qui ont été envoyés rien que sur Twitter, tandis que le hashtag le plus utilisé sur Instagram est « #love ».

Alors pourquoi tant d'amour ? Pour Pierre Halté, docteur en sciences du langage, les emojis que nous distillons à travers nos messages renforcent la part de subjectivité, et permettent d'évoquer une émotion malgré l'absence de body language. « La communication ne se fait pas qu'avec les mots, mais aussi avec les gestes et les expressions du visage. Quand on passe en version numérique, on n'a plus le corps pour remplir ces fonctions, donc on cherche des solutions pour pallier ce manque », explique-t-il. 

Autre manifestation de l'attachement sur les réseaux sociaux, le « like », ou « j'aime » en français, est lui aussi omniprésent. Et pour le représenter, c'est encore une fois le cœur qui a peu à peu supplanté le pouce en l'air ou l'étoile. C'est notamment le cas sur Instagram depuis la création du réseau social en 2010, mais aussi sur Twitter, qui a évincé l'étoile en 2015, là aussi au profit d'un cœur rouge. Dans une certaine mesure, c'est également le cas sur Facebook, qui a diversifié les réactions aux publications en complétant le pouce bleu originel par le cœur, le rire, l'étonnement, les larmes et l'énervement, à partir de 2016. Depuis quelque temps, sur Instagram, Facebook et la plateforme iMessage d'Apple, il est également possible de « liker » les messages. Bref, tout porte à croire que les démonstrations d'amour sont devenues l'alpha et l'oméga de notre vie est ligne. 

Des comportements variables

Tout n'est pourtant pas si simple. Les emojis cœurs et les « likes » n'ont pas la même signification pour tout le monde et leur utilisation varie en fonction du contexte. Envoyer des yeux en forme de cœur après avoir reçu une photo de son crush ne veut évidemment pas dire la même chose que les adresser à son·sa boss après qu'il nous ait félicité·e pour notre dernière présentation. Leur usage change aussi selon les cultures : les Anglo-Saxon·ne·s en sont les plus friand·e·s, tout comme il leur est plus facile de dire ou d'écrire « I love you » à une personne, quand bien même il ne s'agirait pas de celle avec laquelle ils·elles entretiennent une relation amoureuse. « Ces différences géographiques ont tendance à s'estomper avec la mondialisation et la démocratisation des outils numériques », nuance l'auteur de Les émoticônes et les interjections dans le tchat (Éditions Lambert-Lucas, 2018). 

Des différences de comportement persistent cependant. À l'instar de celle qui existe entre les genres. Sur les réseaux sociaux et les messageries, les femmes sont bien plus enclines à utiliser le  champ lexical de l'affection et à distribuer les heart emojis que leurs homologues masculins. D'après une étude américaine datant de 2016, les symboles de l'appréciation et de la joie sont plus récurrents chez les utilisatrices, tandis que les expressions humoristiques, sarcastiques ou embarrassées sont plus fréquentes chez les hommes.

Mais la plus grande variation d'usage est sans aucun doute générationnelle. Plus les internautes sont jeunes, plus ils·elles sont expressif·ve·s et raffolent des emojis. « Quand je fais des conférences sur le sujet, je rencontre souvent une grand-mère ou un grand-père qui me dit que son petit-fils met des cœurs dans tous ses messages, comme si cela n'avait pas d'importance ; alors que pour elle ou lui cela renvoie à un sentiment beaucoup plus fort », raconte Pierre Halté.

Le signe d'une addiction aux « likes » ?

Observe-t-on une perte de sens des symboles affectifs au sein de la nouvelle génération ? De l'avis du chercheur, également maître de conférence en sciences du langage à l'Université de Paris, « l'intensité du sentiment signifié par le cœur dépend de la communauté qui l'utilise. » Et effectivement, celle-ci peut s'affaiblir, à l'image du visage qui pleure de rire parfois envoyé de manière intempestive, pour simplement exprimer un léger amusement.

La surexploitation des emblèmes de l'amour est aussi liée à un désir d'identification et de reconnaissance. Pour nous inciter à « liker » à tout-va, les entreprises de la Silicon Valley ont eu l'idée de mettre en place les notifications. Dans notre cerveau, ces dernières activent la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans les addictions. Les « j'aime » que l'on reçoit en retour des nôtres sont autant de récompenses très rapides qui renforcent l'attrait pour une action qui devient de plus en plus automatique. Or tout un cercle vicieux se met alors en place, l'une des conséquences néfastes de cette accoutumance à l'amour virtuel étant la comparaison avec autrui et la pression sociale. À force de nous demander si le compte Instagram de notre voisin·e a plus de succès que le nôtre, on finit envieux·se, voire enclin·e à la dépression. 

Sans compter que de l'autre côté de nos écrans, les entreprises du web exploitent nos « likes » pour afficher le contenu qui a le plus de chance de nous plaire. Pour les influenceur·euse·s, le nombre de « likes » est devenu monétisable et leur permet de négocier leurs contrats publicitaires. Sur les sites de rencontres, comme Tinder, certains dénoncent par ailleurs une marchandisation des relations humaines. On swipe à droite vers le cœur vert afin d'indiquer que quelqu'un nous plaît, un peu comme on commanderait un vêtement. Les dérives sont telles que Facebook et Instagram testent depuis 2019 une fonctionnalité consistant à masquer le nombre de « likes » des publications d'autrui, mise en place auprès d'un panel d'utilisateur·rice·s s'étendant à travers le monde.

Mais l'utilisation excessive, et parfois détournée, des marques d'amour n'est pas pour autant le signe d'un manque global de sincérité. La valeur sémantique du cœur est toujours la même et les déclarations d'amour n'ont pas disparu des réseaux sociaux, bien au contraire. Sur Instagram, le compte @amours_solitaires comptabilise ainsi près de 800 000 abonné·e·s et recense plus de 1 200 publications. Sa fondatrice, Morgane Ortin, une ancienne éditrice spécialisée dans les écrits épistolaires, y publie les captures d'écrans des déclarations romantiques numériques qu'elle reçoit. Des textes beaux, crus, drôles ou poétiques qui prouvent que la passion n'est pas morte. Depuis sa création en 2017, son succès est tel qu'il a donné lieu à un livre ainsi qu'à une web-série diffusée sur le site d'Arte.

Eux.

Le ❤️, indicateur d'un besoin de chaleur humaine ?

Pour Veikko Eranti, sociologue finlandais et auteur d'une étude sur la signification du bouton « like » de Facebook, la surreprésentation du cœur est positive. « Le fait que le cœur soit l'un des symboles préférés sur internet et que les plateformes numériques l'ait choisi plutôt que l'étoile ou le pouce n'est pas anodin », estime-t-il. « Cela veut dire qu'on veut enrichir la conversation avec de la chaleur humaine. » Pour le Scandinave, la pratique du « like » a aussi l'avantage d'aller à rebours des normes de la masculinité toxique. « L'utilisation massive des cœurs a pour intérêt d'étendre le vocabulaire des hommes, qui ont l'habitude de dissimuler leurs émotions. Ce langage commun permet à certains de s'ouvrir davantage ».

En 2020, l'expérience mondiale du confinement pour lutter contre la pandémie de coronavirus a probablement contribué à diffuser ces comportements en ligne. En France, pendant la crise sanitaire, l'emploi des médias sociaux a explosé, particulièrement en ce qui concerne WhatsApp, qui a vu son utilisation augmenter de 40%. Pour combattre la morosité et continuer à se dire « je t'aime » malgré la distance, familles, ami·e·s et couples se servent d'outils numériques.

Elle. Lui.

« Le confinement a certainement eu une conséquence sur la démocratisation encore plus intense des outils numériques et des emojis », devine Pierre Halté. Et les rencontres amoureuses, cantonnées à de longues discussions virtuelles, n'ont pas été en reste (Tinder a ainsi enregistré son record mondial de connexions pendant la pandémie). « Nous devons apprendre à combattre la déconnexion humaine et à montrer l'affection autrement », conclut Veikko Eranti. L'amour numérique semble avoir de beaux jours devant lui 💕.

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