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Quand l'architecture inspire la mode

trois mannequins e-commerce

Looks, de gauche à droite : Elle, : Haut en soie Dawei.. Lui, : chemise rayée Maison Margiela, Elle, robe midi portefeuille rouge Balmain.

Mode et architecture, habit et habitacle : les analogies entre les vêtements et les édifices sont nombreuses ; les parallèles - aussi bien dans le discours que dans la création - fréquents. Habitation portative, le vêtement est une extension du corps tout comme la maison est une extension du soi, de l'intime.

« L'architecture est la façon dont la personne se place dans l'espace. La mode porte sur la façon dont on place l'objet sur la personne », avait l'habitude de dire l'architecte Zaha Hadid. Métaphores, analogies, références et imaginaires partagés : les parallèles entre l'habit et l'édifice sont nombreux. « Les vêtements, premiers intermédiaires entre le corps et l'environnement, chargés de préserver l'intimité la plus secrète, ne sont pas des artefacts comme les autres, ils tissent avec l'architecture - et plus particulièrement celle de l'habitation - des liens très étroits », écrit Estelle Thibault, architecte et historienne, auteure de la passionnante étude « La Confection des édifices : analogies textiles en architecture aux XIXe et XXe siècles ». La mode et l'architecture agissent comme des filtres entre l'être humain et son espace de vie. En observant la littérature architecturale, « on peut apprécier le caractère multiforme des références à l'univers du tissu et du vêtement. Bien au-delà de l'utilisation littérale de matériaux souples, toiles tendues et membranes, se dessine un vaste champ d'expérimentation où les figures flexibles et entrelacées contaminent la conception des édifices. Ossatures, façades et enveloppes déclinent des motifs de mailles, tressages, dentelles et autres enchevêtrements », poursuit Estelle Thibault. Et réciproquement, le champ lexical de l'architecture est également très fréquent dans l'univers de la mode : silhouette architecturée, habit-habitacle, style organique, mode monumentale, surface texturée, etc.

mannequin habillée en jaune

Une mode architecturale

Pour de nombreux designers de mode, l'architecture et la mode sont indissociables. Ainsi, Hussein Chalayan affirme sans détour : « Pour moi, la mode, c'est de l'architecture qui touche au corps. » Bien avant lui, Coco Chanel avait établi le parallèle : « La mode est architecture : c'est une question de proportions. » Au-delà de ces analogies, l'architecture est, pour certain·e·s, une vraie passion : c'est le cas d'André Courrèges, diplômé de l'École nationale des ponts et chaussées, qui était surnommé « Le Corbusier de la couture ».

Nombreux·ses sont d'ailleurs les créateur·rice·s diplômé·e·s en architecture : c'est le cas de Manfred Thierry Mugler, mais aussi de Casey Cadwallader - nouveau directeur artistique de Mugler -, de Virgil Abloh et de Glenn Martens. Ce dernier a étudié l'architecture d'intérieur à Bruges avant d'intégrer l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers. Dans sa mode, les faux plis et les jeux de trompe-l'œil se multiplient, les pièces semblent se dédoubler, se détripler. Tout est détourné, déconstruit ; tout s'entrecroise, se distord. La construction et le montage du vêtement sont réinventés à chaque collection. Demna Gvasalia, quant à lui, met l'accent sur la structure de la silhouette, avec un tailoring très sharp, des épaules monumentales, parfois en pic comme le clocher des églises, des tailles ciselées, des robes bombées à crinoline... en écho à Cristobal Balenciaga, qui était qualifié d'« architecte du corps et du vêtement ».

Pour Claude Parent, le parallèle entre le métier d'architecte et celui de designer est indéniable : « Les métiers d'architecte et de tailleur-coupeur sont comparables, on passe du plan au volume. » En 2016, la galerie Alaïa consacrait une exposition à l'architecte et ancien illustrateur de mode, intitulée : « Claude Parent : dessiner la mode ». On pouvait notamment y admirer ses estampes à l'encre de Chine : des dessins de mode inspirés des créations d'Alaïa, traversés d'une ligne d'argent révélant la dynamique oblique du vêtement - et reflétant ainsi le concept de « fonction oblique » qu'il avait forgé au côté du philosophe Paul Virilio. Une manière de transférer son langage architectural dans la construction vestimentaire. Mais loin de se limiter à cela, l'architecture fait plus largement partie intégrante de l'image et de l'identité des maisons de mode. Les marques de luxe font ainsi régulièrement appel aux lauréat·e·s du prix Pritzker d'architecture pour imaginer leurs flagships.

Montage mannequin Yamamoto

Entre protection et expression de soi

Plus encore, dans l'architecture comme dans la mode, la fonction anthropologique est analogue : le vêtement, comme le bâtiment, constitue une interface entre l'humain et l'espace public, transforme les environnements qui nous circonscrivent. « Habit, habitacle, habiller, habiter : ces mots sont proches et ce vocabulaire fait référence à des choses similaires. S'habiller comme habiter se font l'expression de l'un des fondamentaux anthropologiques : l'acte de couvrir son corps. On se couvre doublement, par le vêtement et par la maison, deux couches se juxtaposent alors. Une fonction protectrice de ce recouvrement apparaît. Une protection vis-à-vis du froid, du soleil, d'un environnement hostile, mais aussi une protection vis-à-vis du regard de l'autre. La maison est le lieu du soi, où l'intime est possible, c'est le seul lieu où l'on ne peut être vu·e », indique Kristell Blache-Comte, anthropologue, qui poursuit : « En plus de cette fonction protectrice de l'habit et de l'habitacle, on note une fonction expressive : on dépasse alors le seul besoin vital. On fait une expérience du corps et de l'espace, une expérience sensible. »

Le vêtement, comme la maison, constitue ainsi un refuge qui prolonge en parallèle l'expression de notre identité. La chercheuse Alina Payne a ainsi mis en évidence les continuités entre le vêtement - que le philosophe Ernst Kapp désignait comme une habitation portative - et l'architecture domestique vue comme une extension du corps. Côté mode, chez Moncler, par exemple, Craig Green propose des vêtements qui évoquent des tentes ou des sacs de couchage presque comparables à des coquilles d'escargots : ce sont des habitats à part entière, des sortes de maisons transportables. Rick Owens a déjà fait défiler des manteaux-sacs de couchage ; John Galliano chez Maison Margiela des parkas en couverture de survie ; quant à Demna Gvasalia, il imagine des manteaux-robes ultra enveloppants à la capuche/écharpe intégrée, en velours noir encre.

Mannequin en trench brillant rouge

Dans un autre registre, Ester Manas propose des vêtements taille unique conçus pour s'adapter à tous les corps. « Nous pensons le vêtement comme un espace de confort et de sécurité pour que les filles se sentent bien et à l'aise, quelle que soit leur morphologie. Nos pièces carapaces marquent les courbes et même les renforcent avec un système de basques. La modularité du vêtement est primordiale pour nous : il se déploie comme une extension architecturale », souligne Balthazar Delepierre, cofondateur du label Ester Manas.

« Le vêtement-habitacle ou la mode-cocon témoignent d'un sentiment de vulnérabilité. Vulnérabilité de l'individu comme des sociétés. Il est le signe d'une époque certes incertaine - comme l'est finalement toute époque -, mais aussi et surtout d'un sentiment de peur régnant dans nos sociétés actuelles. L'habit-habitacle se voudrait alors une réponse à cette peur, en conférant au vêtement un pouvoir protecteur aussi grand et solide que celui de la maison. On voit dans la mode que le vêtement se clôt, se durcit, se fait impénétrable, il cache, devient carcasse, ossature, telle une architecture. C'est une mode qui signale un repli sur soi, qui ne souhaite plus montrer le corps : c'est une mode qui préfère l'assurance du caché, la certitude du bunker au dévoilement », poursuit Kristell Blache-Comte.

Ainsi, Boramy Viguier conçoit des silhouettes très protectrices : bouche masquée, capuche vissée sur la tête, top matelassé en surcouche, layering isolant, etc. « J'aime bien me dire que le vêtement est une protection. Et croire que mon style est une espèce de réponse à la démystification du monde, qu'il permet de retrouver une dimension sacrée des choses. Notre environnement globalisé, digitalisé, avec la star comme horizon indépassable tend, selon moi, à réduire cet aspect-là du produit », conclut le créateur.

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